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jeudi 1 mars 2007

Pratiquer : les langues à l'école primaire et dans le quotidien

Il faudrait que les classes primaires* proposant une variété de langues autre que l'anglais soient plus nombreuses*1 et que les parents soient mieux informés des enjeux concernant le choix des langues, des objectifs européens par rapport aux politiques linguistiques nationales, ce, de façon à ce que l'éducation générale des enfants intègre le phénomène plurilingue comme étant naturel, basique et non élitiste. Le monolinguisme étant entretenu par le principe injustifié que l'anglais mériterait le monopole*2. Il faudrait aussi que des structures parascolaires et culturelles comme les bibliothèques, médiathèques et tout lieu de rencontres multiplient les occasions de regrouper les enfants, les adolescents et les adultes autour de thématiques, d'activités artistiques et sportives, sorties, telles qu'elles existent déjà mais «vécues» ponctuellement dans d'autres langues que celle du pays. Les jeunes se lanceraient plus volontiers à parler les langues étrangères pour communiquer, s'amuser, sans pour cela attendre qu'ils la maîtrisent parfaitement. Le but premier n'étant pas « d'apprendre sa leçon de langue » mais « d'apprendre à réfléchir » en vivant son quotidien immergé dans celle-ci. On se rendrait compte de la primauté qu'a la compétence socio-pragmatique, c'est-à-dire le « savoir communiquer », sur la compétence purement linguistique, pour finalement atteindre une meilleure compréhension et une meilleure maîtrise de la langue étrangère. Enfin, il faudrait concevoir des systèmes d'apprentissage multiples et accessibles au quotidien (à distance par internet ou via le CDROM...), basés sur des recherches mondiales éprouvées, pour toutes les langues non ou mal représentées à l'école.

Le monopole injustifié de l'anglais
*1
« L'enseignement peut être proposé en allemand, anglais, arabe, espagnol, italien, néerlandais, portugais... Il y a déjà plus d'une dizaine d'années (1995-96), un groupe d'experts a eu pour mission de tirer les premiers enseignements de l'expérience de sensibilisation (l'initiation existant déjà avant et concernant les enfants plus âgés) à une langue étrangère au CE1 (deuxième année de l'école primaire) issu du dispositif du «Nouveau Contrat pour l'École» mis en route à la rentrée 1995.
L'inspecteur d'académie (l'académie est la division administrative en matière d'éducation) détermine les langues qui seront enseignées dans les écoles de son département, en veillant à ce qu'au moins une langue soit proposée dans chaque école. Il revient au rectorat (le rectorat est la représentation du ministère au niveau local) de gérer la carte scolaire des langues dans l'académie. Il lui faut concilier deux types d'exigences: la nécessité d'offrir le plus grand choix possible de langues vivantes aux familles des élèves et celle d'assurer la continuité pédagogique de cet enseignement de l'école primaire au collège, puis au lycée et au delà.

En 1995, 71,9% des élèves s'orientaient vers l'anglais (76% en 2001, 78,6% en 2002)*2, 22,6 % vers l'allemand (20% en 1998, 16,40% en 2002), 3% vers l'espagnol (2,23% en 2001), et 2,1% vers l'italien (1,35 en 2002), enregistrant une baisse pour ces quatre dernières langues, la part des autres langues (arabe, polonais, portugais, russe) se situant entre 0,5% et 0,1% et le « tunnel de l'anglais » contre lequel réagissait la mission en 1995 se prolonge et se consolide.» Extrait de la formation des enseignants et l'éducation bilingue en France, Nadine Legros, université de Lille III. Les chiffres de 2001 et 2002 étant extraits du bilan de l'actuel dispositif d'apprentissage des langues étrangères dans l'enseignement primaireSénat (propositions et bilan 2003).

*2
Dans le paragraphe "L'école, terreau de la diversification : un objectif à contre-courant ?" il est cité : Comme l'affirme le linguiste Michel Candelier, « l'opinion publique a rendu l'anglais obligatoire », des hésitations récurrentes, source de confusion, démontrent que le débat «École du tout anglais ou de la diversification ?» n'est pas encore définitivement tranché. C'est pourquoi un message politique clair et déterminé en faveur de l'objectif de diversification dès l'école primaire, dont les enjeux ne sont pas forcément perçus par l'opinion publique, serait un signal fort... (...) il faut souligner que les enjeux sont en effet capitaux :
- il s'agit de briser dès son origine la spirale du monolinguisme : l'expérience prouve en effet que le choix de l'anglais au primaire n'incite pas à une diversification ultérieure, l'éventail des langues étudiées au collège et au lycée se resserrant au fil que progresse l'apprentissage précoce...
- en outre, il s'agit d'épargner l'école pour ne pas en faire le sanctuaire de l'uniformisation anglophone qui environne déjà les enfants dans les médias ; c'est pourquoi les programmes européens d' « éveil aux langues », comme Evlang, promeuvent l'école comme le lieu privilégié d'une sensibilisation à la diversité culturelle et linguistique, en vue de susciter dès le plus jeune âge une appétence pour les langues et une ouverture à l'altérité ;
- enfin, si le statut particulier de l'anglais en fait certes un outil de communication indispensable, cela ne signifie pas pour autant qu'il faille imposer son étude en première langue : l'anglais est assez incontournable pour que chaque élève le rencontre au cours de sa scolarité. Il ne doit pas s'ériger dès l'école en alternative à une éducation plurilingue et brider toute ouverture future sur la pluralité linguistique et culturelle. Par ailleurs, en érigeant l'anglais obligatoire à l'école, la France enverrait un signal négatif d'abandon de toute volonté de promouvoir la diversité des langues et des cultures face à l'emprise grandissante de la culture anglo-saxonne...