Si on considère que nous autres adultes nous sommes conditionnés par l'expérience des normes de la politesse en usage dans notre pays et par notre éducation, on pourrait se demander ce qu'il en est pour les enfants. En effet, le « mécanisme référentiel » de la politesse, c'est à dire notre réflexe de choisir telle ou telle stratégie de politesse par rapport à telle situation ne fonctionne pas de la même manière chez les enfants. Ils ont une manière propre à eux d'être polis parce qu'ils ont une manière inconditionnée de s'approprier les valeurs que leur imposent les adultes. Ainsi, tant qu'ils n'ont pas pris le « pli » de l'habitude, leur politesse ne relève pas de l'apparence. La politesse systématique non réfléchie répond à une requête issue d'une norme sociale, la leur pas du tout. Elle relève de la volonté de rendre lisible leur amour, leur reconnaissance pour vous, leur conscience de l'existence des moyens particuliers pour les communiquer. Ce qui signifie que c'est bien une forme de politesse puisque c'est une façon de faire attention à l'autre et à ce qui est communiqué : il y a présence d'une forme de ménagement mais son intention outre celui de l'harmonie est aussi celui de préserver toute la relation, cela en dehors d'une conception sociale ou éducative. On pourrait dire que la politesse des enfants est comme le prolongement formalisé de la révélation d'un sentiment, d'une émotion, d'une pensée, dans le seul désir d'une réception immédiate et agréable de l'interlocuteur. L'instantanéité d'une révélation fait de la politesse dans ce cas un résultat inné du bien qui est au fond de soi et non une méthode qui s'acquiert. À mon avis, les faces de Brown et Levinson*1 n'ont plus de place ici puisqu'il ne s'agit pas de préserver des « faces » positive ou négative menacées, afin de créer une relation harmonieuse, de choisir consciemment ou inconsciemment une stratégie*2 de communication, mais de vivre au présent une relation harmonieuse. Il n'y a pas de menace, de préméditation ou de but, de conscience ou volonté de conformisme socio-éducatif, d'apparence, mais des précautions oratoires pour réunir deux personnes en un seul concept d'harmonie.
*1 Linguistes britanniques ayant publié des études sur la théorie de la politesse, dont la dernière en date : "Politeness, Somme universals in language usage " (1987). Leur modèle a inspiré de multiples recherches dans le domaine.
*2 Art d'organiser, manière d'organiser, de structurer un travail, de coordonner une série d'actions, un ensemble de conduites en fonction d'un résultat.
*1 Linguistes britanniques ayant publié des études sur la théorie de la politesse, dont la dernière en date : "Politeness, Somme universals in language usage " (1987). Leur modèle a inspiré de multiples recherches dans le domaine.
*2 Art d'organiser, manière d'organiser, de structurer un travail, de coordonner une série d'actions, un ensemble de conduites en fonction d'un résultat.
