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mercredi 28 février 2007

Langue et reconnaissance de l'identité

À partir d'un extrait de l'étude Langues et identités effectuée par Mickael Byram en 2006 à la demande de la cellule des Divisions politiques Linguistiques du Conseil de l'Europe, je développe de manière personnelle l'aspect de la responsabilité des adultes à comprendre l'incidence des comportements des groupes sociaux sur l'identité des enfants et de toutes les personnes qui pour une quelconque raison possède une langue ou un « code » de communication -appelé variété de langue par M.Byram-différente de celle du groupe majoritaire, et à agir.
« Il existe un lien particulièrement fort entre la langue et le sentiment d’appartenance à un groupe – ou une identité nationale.
Chaque groupe possède sa propre langue ou variété de langue.
Chaque être humain appartient à plusieurs groupes sociaux et possède de nombreuses identités sociales. »
La culture et par conséquent l'éducation que l'on reçoit nous transmettent les marques du pays (groupe au sens large) où l'on a grandi. Lorsque cette langue est la nôtre, notre langue maternelle et d'usage on n'a même pas conscience de ses marques, que l'on reconnaît dans celui qui ne parle pas bien ou différemment, dans une autre langue. Les personnes bilingues ou polyglottes se rendent compte plus facilement des différentes façons de désigner une même chose sans pour cela écarter du groupe les locuteurs.
Lorsque j'entends une de mes filles me dire à propos d'un événement qui s'est déroulé à l'école: « Il y a une petite fille qui m'a dit que je parlais mal le français et que de toute façon tous les italiens étaient bêtes », on comprend comment elle a fait cette déduction et à quel point l'aspect monoculturel-monolingue du système éducatif d'un pays puisse conditionner les esprits et les raisonnements. Je me dis que les enfants qui n'ont jamais de contact avec les étrangers, dont les parents n'expliquent peut-être pas que la différence n'est pas dégradante mais enrichissante, je comprends la nécessité et la responsabilité de l'Enseignement Public à proposer à l'intérieur du programme scolaire, en particulier au niveau des Apprentissages fondamentaux, une approche aux langues et à la diversité.
L'enfant a absolument d'être semblable aux autres, la différence le perturbe. En cela il répond au concept selon lequel il a besoin d'être reconnu par le groupe. Il appartient toujours à un groupe : au groupe d'amis de l'école, au groupe que constituent les enfants du village et par extension au groupe du pays, ici la France. Cette reconnaissance est essentielle pour lui, c'est pourquoi, dans le cas d'enfants émigrés comme c'est le cas des miens à la fois italiens et français filialement mais nés et vécus en Italie jusqu'à maintenant, ils se sont mis à parler le français naturellement et extrêmement rapidement. Malgré des obstacles non mineurs, ils ont du absorbés en un rien de temps une syntaxe très différente de celle qu'il connaissaient et pratiquaient auparavant, syntaxe qui est fondamentale car plus que la justesse du sens, elle porte le style français, celui qui reflète l'appartenance au groupe d'enfants avec lesquels ils échangent.
Ils se sont créés une identité nouvelle. L'identité française. Mais qu'ont-ils fait de leur identité précédente, l'italienne, celle qui parle autant avec les mains qu'avec ses notes chantantes, celle qui les liaient à leurs amis Margherita, Pietro, Riccardo... Si les parents ne font pas en sorte qu'ils continuent à être en relation avec leur pays natif, en pratiquant la langue à la maison et en la valorisant, en y allant en vacances, en ayant des échanges épistolaires avec leur famille ou leur amis, en lisant en italien, en parlant de l'Italie... l'autre culture l'ensevelira très rapidement, car l'enfant ne se soucie guère du passé ou du futur, il vit dans le présent, et n'a pas conscience de ce qu'il peut perdre. Ainsi c'est aux adultes (parents, école, société) d'agir dans le sens de la conservation, de la pratique des valeurs linguistiques et culturelles. Et pas seulement pour les enfants concernés, mais pour tous les autres enfants monolingues ou d'autres cultures du pays adopté en faisant prendre conscience à tous que sous l'apparence d'un individu du groupe se cache d'autres identités qui dorment et qu'elle font partie de l'être présent.

lundi 26 février 2007

Reconnaissance de l'identité et acquisition de la langue : un défi pour les enfants

À partir d'un extrait de l'étude Langues et identités*1 effectuée par Mickael Byram en 2006 à la demande de la cellule des Divisions politiques Linguistiques du Conseil de l'Europe, je développe de manière personnelle l'aspect de la responsabilité des adultes à comprendre les incidences que peuvent avoir les comportements des groupes sociaux sur l'identité des enfants et de toutes les personnes qui pour une quelconque raison possède une langue ou un « code » de communication -appelé "variété de langue" par M.Byram- différente de celle du groupe majoritaire, et à agir à tous les niveaux de l'éducation.
Extrait : « Il existe un lien particulièrement fort entre la langue et le sentiment d’appartenance à un groupe – ou une identité nationale.
Chaque groupe possède sa propre langue ou variété de langue.
Chaque être humain appartient à plusieurs groupes sociaux et possède de nombreuses identités sociales. »
La culture et par conséquent l'éducation que l'on reçoit nous transmettent les marques du pays (groupe au sens large) où l'on a grandi. Lorsque cette langue est la nôtre, notre langue maternelle et d'usage, on n'a même pas conscience de ces marques, que l'on reconnaît dans celui qui ne parle pas bien ou différemment, dans une autre langue. Les personnes bilingues ou polyglottes se rendent compte plus facilement des différentes façons de désigner une même chose sans pour cela écarter du groupe les locuteurs étrangers.
Lorsque j'entends une de mes filles me dire à propos d'un événement qui s'est déroulé à l'école: « Il y a une petite fille qui m'a dit que je parlais mal le français et que de toute façon tous les italiens étaient bêtes », on comprend comment la petite fille en question a fait cette déduction et à quel point l'aspect monoculturel-monolingue du système éducatif d'un pays puisse conditionner les esprits et les raisonnements. Je me dis que les enfants qui n'ont jamais de contact avec les étrangers, dont les parents n'expliquent peut-être pas que la différence n'est pas dégradante mais enrichissante, je comprends la nécessité et la responsabilité de l'Enseignement Public à proposer à l'intérieur du programme scolaire, en particulier au niveau des Apprentissages fondamentaux, une approche aux langues et à la diversité.
L'enfant a absolument d'être semblable aux autres, la différence le perturbe. En cela il répond au concept selon lequel il a besoin d'être reconnu par le groupe. Il appartient toujours à un groupe : au groupe d'amis de l'école, au groupe que constituent les enfants du village et par extension au groupe du pays, ici la France. Cette reconnaissance est essentielle pour lui, c'est pourquoi, dans le cas d'enfants émigrés comme c'est le cas des miens à la fois italiens et français filialement mais nés et vécus en Italie jusqu'à maintenant, ils se sont mis à parler le français naturellement et extrêmement rapidement. Malgré des obstacles non mineurs, ils ont du absorbés en un rien de temps une syntaxe très différente de celle qu'il connaissaient et pratiquaient auparavant, syntaxe qui est fondamentale car plus que la justesse du sens, elle porte le style français, celui qui reflète l'appartenance au groupe d'enfants avec lesquels ils échangent.
Ils se sont créés une identité nouvelle. L'identité française. Mais qu'ont-ils fait de leur identité précédente, l'italienne, celle qui parle autant avec les mains qu'avec ses notes chantantes, celle qui les liaient à leurs amis Margherita, Pietro, Riccardo... Si les parents ne font pas en sorte qu'ils continuent à être en relation avec leur pays natif, en pratiquant la langue à la maison et en la valorisant, en y allant en vacances, en ayant des échanges épistolaires avec leur famille ou leur amis, en lisant en italien, en parlant de l'Italie... l'autre culture l'ensevelira très rapidement, car l'enfant ne se soucie guère du passé ou du futur, il vit dans le présent, et n'a pas conscience de ce qu'il peut perdre. Par contre, il tendra plus facilement à soutenir la culture qui lui rapporte sur le moment et concrètement le consensus général et ne l'expose pas au jugement négatif, et par logique ce ne sera pas la culture mineure*2. Ainsi c'est aux adultes (parents, école, société) d'agir dans le sens de la conservation, de la pratique des valeurs linguistiques et culturelles. Et pas seulement pour les enfants concernés, mais pour tous les autres enfants monolingues ou d'autres cultures du pays adopté en faisant prendre conscience à tous que sous l'apparence d'un individu du groupe se cache d'autres identités qui dorment, qu'elles font partie de l'être présent et qu'elles doivent lui être re-présentées dans une perspective égalitaire.

*1-Troisième paragraphe (en rouge) : langues de scolarisation> dernier article

*2-Dans le document La dimension interculturelle dans la pratique pédagogique par Abdelilah Ghiyati, on peut lire : « G.Zarate tire la conclusion suivante de la définition du mot culture : 'un individu découvrant dans la réalité des faits, une culture étrangère, la mise en relation de deux cultures, (est entraîné à) une redéfinition de l’identité maternelle, la reconnaissance positive ou négative des différences, la production de jugements de valeur qui impliquent, dans la diversité des pratiques, la supériorité ou l’infériorité d’une culture par rapport à une autre' »